MARIE DOCHER

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Traversée / Crossing

2002_2009

all photos © Marie Docher and may not be used for any purposes without permission.

Lorsque ce soir fond sur nous, nous le savons je crois profondément, organiquement. Nous savons que nous entrons dans une nuit intense, primordiale, une nuit de ruines. C’est quand, abasourdis, nous regardons les ruines de nos vies englouties dans notre peur qu’une traversée va commencer.


C’est arrivé. Massivement. Brutalement. Sans un mot. Sans retour possible.


La nuit n’est pas le négatif du jour.

La nuit était là bien avant la lumière.

La nuit est le principe.


Dans le principe…

Au commencement…


C’est ici, dans le noir, où il faudra apprendre à naître une autre fois, et pour cela, il faut des images pour se construire ; des images qui émergent progressivement, lentement. Il faut des images pour avoir une vision de nous, savoir qui nous sommes.


C’est l’obscurité elle-même qui les demande car elle ne représente rien, elle est aveugle. Elle est la source, l’origine de la représentation. C’est dans l’obscurité, toujours, que la photographie se révèle.

Il y a des images qui naissent dans la nuit. Des violences et des fantômes, des mystères. Mort et retour, mort et souvenir, image.


Je me souviens de mon corps…


Puisque les ténèbres sont le principe, le commencement, elles contiennent en elles-mêmes l’exigence d’une, de plusieurs images. Celles-ci ont lentement émergées d’une nuit qui dura sept années. D’abord érigées en séries, en phares, en lignes verticales pour tenir debout, l’aube revenant, je les ai mises en ligne, linéaires, pour raconter la même histoire, plus simplement. Une histoire commune.

C’est un temps de fantômes, de morts, de perte de la relation, de ruines dont il a fallu pleurer chaque pierre avant de s’en séparer.

C’est une parole qui se forme à nouveau dans cette nuit essentielle, un corps qui chavire dans l‘ivresse du vertige et qui pèse son retour à la vie.

Cette nuit-là, elle nous traverse comme un pieu, nous force à créer l’essentiel, à penser l’inaudible, à rêver le possible. C’est la nuit humaine. C’est la nuit du monde.


Et au fond, après elle, après la douleur et la peur qui nous ont épuisés, cela n’est rien. C’est une trace, seulement.


N°/7 - 30 x 30 cm - Baryta - Prix


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When this evening melts over us, we know it, I believe, deeply, organically. We know we are entering a night that is dense, primary, a night of ruins. And when, dazed, we look at the ruins of our lives engulfed in our fear, a crossing is about to begin.


It happened.  Massively.  Brutally.  Wordlessly.  With no turning back.


Night is no negative of day.

Night was there long before light.

Night is the principle.


In principle …

In the beginning …


Here in the dark is where learning how to be born again will have to take place, and to do that, images are necessary to put ourselves back together again; images that emerge gradually, slowly. Images are vital to a vision of ourselves, to know who we are. Darkness itself requires them, as it represents nothing itself, it is blind. Darkness is the source, the origin of the image. It is in darkness, always, that a photograph is revealed.


Some images are born in the night.  Acts of violence and ghosts, mysteries.


Death and returning from it, death and remembering, image.


I remember my body …


Since the dark shadows are the principle, the beginning, they themselves include the requirement of one, of several images. These images slowly arose from a night that lasted 7 years. Initially set out in series, in lighthouses, in vertical lines to hold them upright, as dawn returned, I then arranged them in a row, linear, in order to tell the same story, in a simpler way. An ordinary story. It was a time of ghosts, of deaths, of relationships lost, of ruins in which each stone had to be wept over before being laid to rest.

They form speech again in this defining night, a body capsizing in the drunken dizziness weighing down the return to life.


That night goes through us like a spear forcing us to create what is essential, to think out loud what is inaudible, to dream what is possible.  It is a human night.  It is the night of the world.


And basically, after the night, after the pain and the fear that have left us spent, it’s nothing.


It has only left a trace.


N°/7 - 30 x 30 cm - Baryta - Price



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