MARIE DOCHER

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Anima

2012

all photos © Marie Docher and may not be used for any purposes without permission.

Tes yeux sont revenus d’un pays arbitraire
Où nul n’a jamais su ce que c’est qu’un regard
Ni connu la beauté des yeux, beauté des pierres,
Celle des gouttes d’eau, des perles en placards,
Des pierres nues et sans squelette, ô ma statue.

Paul ÉLUARD, L’Égalité des sexes,

in  Mourir de ne pas mourir



Anima de Marie Docher pourrait s’épuiser dans l’énoncé de sa description : des statues antiques dotées d’yeux humains. On s’attendrait aisément à être brièvement impressionné par la prouesse technique et rapidement lassé par le truc. Pourtant, il n’en est rien, et ces images continuent à revenir à la mémoire, sans que l’on sache trop ce qu’elles nous disent. 

La photographe raconte que bien qu’elle écrive habituellement à propos de ses travaux, cette série résiste à se laisser accompagner de mots. Comme si elle exerçait le charme de l’équivoque sur celui qui s’y abandonne. 

Le montage est discret et ne se remarque pas forcément au premier abord. C’est peu à peu que le trouble s’immisce, dans la tension entre le minéral et l’organique, l’artefact et l’humain. Le dispositif évite le face à face et l’effet miroir : il faut se pencher sur la vingtaine de tirages petit format serrés dans une vitrine. On a alors tout loisir de laisser son regard errer parmi la diversité des statues, chacune saisie dans son environnement. On est à la fois très prés, dans l’impossibilité d’embrasser du regard l’ensemble, et en même temps irrémédiablement mis à distance par la vitre. 

On ne sait trop s’il s’agit de rire, s’inquiéter ou se laisser séduire. Peut-être tout cela à la fois. Marie Docher rend-elle aux statues antiques leurs yeux peints aujourd’hui effacés ? Les regards redonnent-ils vie aux statues? Sont-ils au contraire pétrifiés ? Exercent-ils un pouvoir médusant ou au contraire en protègent-elles ? 

Ces photographies paraissent distiller à la fois le poison et le remède. Le poison : ce que Roland Barthes appelait « cette chose un peu terrible qu’il y a dans toute photographie, le retour du mort ». Le remède : si ces statues nous regardent, elles ne nous voient pas.

Peut-être le charme de ces figures animées inanimées tient à ce qu’elles rejouent et amplifient le paradoxe constitutif de la photographie : leur artifice indique depuis le présent d’un regard arrêté un lointain passé mouvant qui nous regarde sans nous voir.


Michaël Duperrin

Photographe



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Anima Small
N°/7 - 16 x 20 cm - Baryta

Anima Large
N°/7 - 40 x 50 cm - Baryta
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Expositions / Exhibitions



2014-06

Minimenta - Galerie Imagineo - Paris - France













2014-05

International Biennal of Photography and visual arts.
Liege - Belgium










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